Les Boni de Guyane, parents des Akan de Côte d’Ivoire

Boni de Guyane

« Tu viens de la Guyane !? », « Boni, c’est guyanais non !? », m’interrogeait une jeune et belle française lors d’une activité. Sur le coup, je n’avais pas saisi le sens des questions. Je me suis contenté de sourire un peu bêtement et de répondre « ça se remarque vraiment !? ». Apparemment, ça avait suffit à lui arracher un sourire en retour et faire plus ample connaissance.

La même soirée, donc, intrigué, j’ai décidé de faire des recherches sur le patronyme que je porte fièrement. J’ai ouvert la boite magique et interrogé Google, Youtube, et même Facebook pour qu’ils me disent tout de « BONI ». Trois heures après avoir remonté le fil du temps, c’est une histoire révoltante, passionnante et surtout humaine que je découvrais.

La fuite des Boni, de la captivité à la révolte pour la liberté…

Tout commence au XVIIème siècle avec une reine et sa nièce en fuite : Abla Pokou et Akwa Boni. Akwa Boni, femme autant aimée et respectée que la reine, donna, semble-t-il, son nom à une caste de guerriers redoutables. On les appelait les « élobouwè » ce qui signifie littéralement « ceux qui ouvrent le chemin ». Hommes de corpulence quasi parfaite, cette caste payera un lourd tribut lors de la période de la traite négrière. Plusieurs seront emmenés en captivité au-delà des mers pour travailler dans les plantations de café, de cacao, de canne à sucre et de coton. C’est la Guyane et le Suriname en Amérique du Sud, pour l’essentiel, qui vont les accueillir.

Soumis aux conditions exécrables de l’esclavage que l’on connaît, un homme en particulier, aspirant à la justice, à la liberté et fier de ses origines africaines, n’aura d’autre choix que de s’insurger contre cette pratique honteuse. Boni Okilifou, succédant à un certain Asi Sylvester, avec de nombreux autres esclaves, fuient les plantations pour former des communautés d’insoumis dans la forêt Amazonienne. Ils attaquent les propriétés de leurs anciens maîtres les Néerlandais pour libérer des esclaves et récupérer des armes. On les appellera les « nègres marrons ».

Après cet épisode, une guerre d’autonomie va opposer la communauté des Bonis à la puissance néerlandaise, puis à d’autres communautés noires ayant signé des accords de paix avec la puissance négrière. C’est une guerre d’environ un siècle qui va s’achever en 1860 avec la conférence d’Albina. Là, est alors officiellement reconnue l’indépendance de la communauté des Bonis. Ils se voient attribuer des régions en Guyane et au Suriname actuels, aujourd’hui territoires français.

La liberté et le droit de revendiquer son passé…

Les Bonis, aussi appelés les « Alukus », vivent en parfaite harmonie et dans l’esprit des rites traditionnels africains. On peut facilement discerner chez eux les similitudes avec le groupe Akan de Côte d’Ivoire. Leur patois, leurs danses, leurs noms et prénoms, leurs fêtes, le mode de transmission du savoir et même du pouvoir, etc., témoignent assez de leur résistance et de leur fierté à être des enfants de l’Afrique. De nos jours, dans l’outre-mer, être un Boni est une immense fierté. C’est réclamer son afro descendance.

Voici un documentaire réalisé par Serge Bilé, qui a reçu le prix Karl Levesque en 1995.

A la fin de mes recherches ce soir-là, après avoir comparé le niveau de développement de la Guyane et du Suriname à celui de la Côte d’Ivoire, le seul sentiment de fierté qui m’est resté était de savoir qu’il s’est trouvé des frères suffisamment fiers de leur africanité pour réclamer leur autonomie et dire non à toute forme de domination.

J’ai une fraction de seconde pensé à leur retour en Afrique, mais la réalité ivoirienne et l’exemple du Liberia m’a très vite fait abandonner cette idée. Voilà donc l’autre histoire des Boni d’ici et des Boni d’ailleurs. Une histoire que j’aurais fort aimé entendre lors de mes visites au Musée des Civilisations de Côte d’Ivoire.

Car, comme dit Christine de Suède : « La science de ton passé est ton passeport pour l’avenir. ». Et comme le dit tout aussi bien Winston Churchill : « Un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre ».

Dans un tel contexte , connaître son passé est plus que simplement important. C’est un droit. Je dirais même que c’est un droit de l’homme fondamental.

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