La paix et la réconciliation, comme un jeu d’amis

Amis pour toujours

« La paix n’est pas un vain mot, c’est un comportement » dixit le premier président de la République de Côte d’Ivoire – feu Félix Houphouët-Boigny. Le 15 novembre 2017, journée nationale de la paix en Côte d’Ivoire, alors que je méditais à propos de cette belle citation, des souvenirs de mon enfance ont refait surface. Ces souvenirs partent du jeu entre deux amis, pour se poser sur la branche de la réconciliation et de la paix.

Quand j’étais jeune garçon, j’avais un ami. Avec cet ami, on semblait s’opposer en tout point ou presque. Il était du nord de la Côte d’Ivoire, moi, du sud. Il était musulman, moi chrétien. Nous habitions la même ville, le même quartier, le même alignement de rue. Lui, du côté nord, moi, du côté sud de la voie centrale. Il y avait en permanence une quasi-rivalité entre nous, bien qu’amis. Pour tout et rien, lui et moi mesurions nos forces.

Malgré tout, on restait des amis…

Donc, on était tout le temps en compétition. Mais on restait de bons amis. Tout comme nos brillants sœurs et frères, nous aussi, nous rivalisions d’excellence et de très bons résultats académiques. Malgré nos différences, nos frères et soeurs, comme nous mêmes, travaillions souvent nos connaissances ensemble. Et cupidon aurait même voulu jumeler quelques-uns des membres de nos familles nombreuses !

Lorsque cet ami et moi nous nous bagarrions, jamais on ne se frappait du poing. Lorsqu’on jouait au foot, on s’inquiétait mutuellement de la blessure de l’autre. Au coucher du soleil, on se séparait toujours au niveau de la voie centrale du quartier. Et fréquemment, on craignait la même correction de nos parents. On s’appréciait malgré toutes les apparences, les différences et nos petites disputes. On finissait nos journées toujours réconciliés de cœur. Et le lendemain matin, on se retrouvait pour une nouvelle journée d’aventure. On vivait à Bouaké, ville d’avant la rébellion armée qui a déchiré la Côte d’Ivoire.

A la suite du 19 septembre 2002*, mon ami est souvent retourné dans le nord du pays. Ma famille et moi, nous nous sommes déplacés dans le sud du pays. Dès lors, nous nous sommes aussi opposés géo-politiquement parlant. De par nos positions, de fait, nous nous sommes querellés violemment. Nous nous sommes pour la première fois frappés du poing, et pas seulement. Nos sangs ont rougi le sol sur lequel nous aimions jouer aux billes. Nous ne jouions plus que de terribles scènes d’horreur. Le voile de respectabilité de ses sœurs a été violé. Mes frères ont été frappés dans leur dignité.

Amis et réconciliés de cœur, un exemple pour la Côte d’Ivoire

Aujourd’hui, après que les positions d’orgueil se soient évanouies, nous nous sommes enfin retrouvés. Nous avions de la gêne à nous regarder en face. Mais, nous sentions le besoin de nous parler de nouveau. Non pas avec la langue de bois, mais avec des mots de franchise et de vérité. Pour que, le soleil couchant, nous nous pardonnions et retournions vers nos maisons, réconciliés de cœur. Cela pour que plus jamais nous nous fassions la guerre. Car nous sommes amis et frères…

Nous, amis, avons appris le respect et le vivre ensemble malgré nos différences. Amis, on a appris le pardon, non pas celui des lèvres, mais celui des gestes simples de tous les jours. On a appris l’amour et la fraternité. Pareille histoire n’a pas été vécue uniquement par nous, les deux amis. D’autres histoires similaires peuvent vous être racontées…

Toi, notre pays la Côte d’Ivoire, apprends de notre amitié. Une amitié entre le fils du nord et le fils du sud, dans ta ville phare du centre, Bouaké. Pour cette fois, apprends de nous les amis, la réconciliation vraie et la paix !

Une chanson qui milite pour la réconciliation et la paix: « Une seule voix pour la Côte d’Ivoire » réunit les plus grandes stars de la région.

 

* Dans la nuit du 19 septembre 2002, un soulèvement militaire éclate à Abidjan. Alors que le président Laurent Gbagbo est en visite officielle en Italie, les insurgés tentent de prendre le pouvoir, c’est la 6e fois qu’un putsch ou tentative de putsch secoue la Côte d’Ivoire. Menaçant à nouveau l’unité nationale, cette crise politico-militaire plonge le pays dans une très longue période de troubles et d’incertitudes.

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