Crise migratoire, ce que font les « influenceurs » africains

Sudanese migrants in Calais, October 2015

Dans le contexte difficile de la traite humaine en Libye, je me suis souvenu de l’article à polémique de Hamidou Anne qui s’intitule « Les “influenceurs” africains ne servent à rien : que les jeunes fassent de la politique ! ». Mettant en parallèle cet article avec l’actualité libyenne et mondiale, j’ai voulu comprendre l’apport des influenceurs africains.

Avant d’aller plus loin dans notre petite analyse du jour, la définition du concept « d’influenceur » s’impose. Ainsi, sur le coup, Google, le moteur de recherche internet, sera notre meilleur ami. Je me limiterai à deux définitions avant d’exprimer mon avis.

Qu’est-ce qu’un influenceur ?

D’abord, selon Gabriel Dabi-Schwebel, ingénieur de formation,

« Dans le monde du web, on appelle influenceur une personne dont les écrits sur une marque ou un produit sont susceptibles d’influencer le comportement d’un nombre significatif de consommateurs. Version moderne du leader d’opinion, l’influenceur blogue et tweete. ».

Ensuite, pour le site www.e-marketing.fr, spécialisé en communication digitale,

« Un influenceur est une personne qui utilise un blog personnel et/ou tout autre support (forums, réseaux sociaux et communautés) pour diffuser ses opinions auprès des internautes et qui est capable d’influencer ces derniers en modifiant leurs modes de consommation. L’influenceur est le plus souvent un particulier, même s’il est parfois sollicité par des entreprises à des fins commerciales ou publicitaires. Il peut ainsi agir en tant qu’ambassadeur d’une ou de plusieurs marques ou pour son propre compte. Son pouvoir d’influence dépend de sa popularité, de son expertise sur un sujet donné et de l’étendue de sa cible (followers, fans, abonnés). ».

En somme, et c’est aussi mon avis, l’individu dit « influenceur » en Afrique est caractérisé par deux choses. Premièrement, il jouit d’une grande popularité sur les réseaux sociaux et créé assez régulièrement du contenu. Deuxièmement, ses talents de communicateur web lui offre diverses opportunités. Il accompagne les campagnes publicitaires de grandes entreprises et d’institutions. Aussi, il est invité aux grandes activités du pays et participe à de prestigieuses formations en leadership. Il reçoit souvent des prix de récompense.

Pour Hamidou Anne, les influenceurs comme des spectateurs…

Le prototype de l’influenceur africain étant dressé, que dit Hamidou Anne à leurs sujet ? Pour le talentueux écrivain, journaliste, chroniqueur sénégalais, les influenceurs sont, selon ses propres mots, « …souvent dans la confusion du spectateur qui se prend pour un acteur. ».

Pour lui, les influenceurs africains manquent d’« un engagement viscéralement et pleinement politique, afin de participer un jour à l’exercice de l’action publique et imposer des politiques de rupture qui répondent aux préoccupations des peuples. ». Ils se contentent juste de partager le contenu viral du moment. Et souvent, fait-il savoir, leurs actions se limitent juste au « seul cadre de la contestation ou de la sublimation du moi sur Internet. ».

Le salut de l’Afrique, ne viendra donc pas des influenceurs, selon Hamidou Anne.

« La politisation de notre jeunesse est une voie de salut. Il faut tenir tête, voire affronter tous ceux qui, sous le couvert d’une forme coupable de bienveillance, éloignent la jeunesse de la politique au profit d’autres miroirs aux alouettes ; qu’il s’agisse de l’entreuprenariat ou du numérique, souvent nimbés d’une inanité vaine et ludique » conclut-il.

Les influenceurs, des agents de changement positif…

Dans le cas particulier de la traite humaine en Libye, les réactions des influenceurs ont été diverses ici, en Côte d’Ivoire. Le buzz qu’a créé la vidéo de révolte de Claudy Siar a presque fait sortir plusieurs d’entres eux de leurs occupations entrepreneuriales.

Certains, moins nombreux (bien heureusement), ont affiché une quasi-indifférence vis-à-vis du sujet brûlant de l’actualité mondiale. Sur leurs pages sur les réseaux sociaux, on pouvait les voir continuer leurs activités régulières sans rien y changer. Cela, dans le meilleur des cas, sinon, certains de ces influenceurs ne sont sortis que pour culpabiliser les pauvres migrants en péril. Dans leurs publications, plusieurs influenceurs ont préféré pointer le doigt accusateur sur les migrants qu’ils ont qualifié de « fainéants ».

Mais pour la très large majorité des influenceurs, plus prompt, plus responsables, leurs messages d’indignation et de révolte ne se sont pas fait priés. Par de nombreux messages facebook, tweeter et autres, ils n’ont pas manqué de crier, de dénoncer et d’appeler à la cessation des actes de barbarie d’une autre époque. Tout ceci,dans une réelle volonté d’attirer l’attention des autorités publiques nationales et internationales. Mais il s’agissait également de sensibiliser les abonnés de leurs pages aux dangers de la migration clandestine.

Cette dernière catégorie d’influenceurs africains me convainc que le discours d’Hamidou Anne doit être tempéré. Car, s’il est vrai que les influenceurs africains sont pour la plupart affairés à transformer l’Afrique par l’économie, il ne faut cependant pas douter de leur impact réel et de leur importance. Ils contribuent à leur manière à la lutte pour une Afrique responsable. Ainsi, comme les joueurs d’une même équipe de football, chacun participe, à son poste, à la récolte de précieuses victoires pour l’Afrique.

Résultats…

Les influenceurs africains sont des maillons essentiels à l’essor de l’Afrique nouvelle. Comme le jeune politisé ou le défenseur des droits humains, l’influenceur s’affaire à transformer l’Afrique par l’entreuprenariat social.

De ce fait, pour résorber la crise de la migration africaine, leurs contributions à tous les niveaux sont et seront les bienvenues. Par exemple, dans les plans de réinsertion sociale des migrants à rapatrier, ces jeunes entrepreneurs ont un rôle important à jouer ; ils ont en effet des solutions concrètes qui marchent assez bien déjà.

Ainsi, de fait, l’influenceur africain participe et participera encore au débat sur la migration clandestine des jeunes en Afrique. Ceci, jusqu’à entière résolution du triste phénomène.

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