Au football, trop d’enjeux tuent le jeu

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Dans les dictatures, l’enjeu fait le jeu. Car le sport est détourné pour servir comme un outil de propagande. Une simple compétition sportive telle que la coupe du monde de football 2018 en Russie peut devenir une véritable affaire d’Etat. Le retour à la maison sans l’ombre du prestigieux trophée peut être interprété comme une grande trahison. À grande trahison, terribles châtiments exemplaires. Quelle honte !

Le football, outil de propagande des dictatures

Dans les régimes autocratiques, tout est pris ‘’très très très’’ sérieusement. Il faut tout et bien faire, comme si sa propre vie en dépendait. Et ce n’est pas qu’une métaphore. Se faire éliminer à la phase de poules du mondial 2018 en Russie, par exemple, peut déclencher le courroux des dieux.

Les dieux, ce sont ces hommes d’Etat autoritaires dont la passion pour le sport n’a d’égal que leur folie narcissique, totalitaire et leur rêve d’hégémonie mondiale. Pour eux, l’occasion d’une compétition sportive nationale ou internationale a un intérêt politique démesurément grand. C’est une tribune pouvant servir la cause de diffusion de l’infecte philosophie de leurs régimes haineux vis-à-vis des droits humains. Voilà un exemple concret, lu sur Vice Sports :

« (…) La dictature [espagnole de l’ère Franco] s’est assurée d’estomper les valeurs propres au sport pour les substituer par celles du régime. L’éducation physique est ainsi devenue une méthode de propagande en plus, un moyen d’atteindre le fameux citoyen « parfait » de la philosophie fasciste classique – « l’homme fonctionnel » de Mussolini ou le « surhomme » hitlérien, avec toujours dans le tas la composante ethnique. Au moyen d’outils comme le Front de la Jeunesse, la Section Féminine et le Syndicat Espagnol Universitaire, le sport s’est plus orienté vers la préparation de potentiels membres de l’armée ou de la Phalange que vers la formation d’individus sains. »

Les joueurs punis, humiliés, torturés

Quand les enjeux sont hyper élevés, la désillusion est comme un coup de poignard de Judas. Alors, forcément, voir ces athlètes ou son équipe nationale de football rentrer prématurément et sans la récompense suprême fâche. Ainsi, comme souvent, quand un autocrate est mécontent, les conséquences se ressentent dans la chair du ou des concerné(e)s. En effet, les exemples foisonnent, même dans l’histoire récente.

    • Deux jours et deux nuits à la caserne : en Côte d’Ivoire, les joueurs de l’équipe nationale de football ont été mis au pas à la suite de l’élimination en phase de poules à la CAN 2000. Le général aura ces mots durs : « La prochaine fois, vous resterez pendant la durée de votre service militaire, c’est-à-dire dix-huit mois, et nous allons vous mettre en treillis. (…) A bon entendeur, salut !». A lire dans Libération
    • Goulags ou travaux forcés : en 2010, en Corée du Nord, l’élimination de l’équipe nationale de football au premier tour du mondial a fait des victimes. Convoqués au Palais du dirigeant de l’époque Kim Jong-Il, les joueurs auraient été humiliés. L’entraîneur, lui, aurait eu moins de chance. On le dit transféré dans un camp de travail forcé pour « trahison de la confiance de Kim Jong-Il », rapporte le Parisien.
    • Torture de sportifs : Dans les années 1990, Uday Hussein, le fils aîné de Saddam Hussein, est en charge de l’équipe nationale d’Irak de football. A chaque contre-performance, l’équipe et son staff sont emmenés en séjour à Al Radwaniyah, une prison tristement réputée. En effet, la torture de prisonniers y était pratiquée. Uday Hussein en personne aurait participé à certaines de ces séances. Plus d’infos dans The Guardian.

Au Burundi, le président Pierre Nkurunziza fait arrêter des immigrants congolais après un match de football. Reportage de RFI.

Le sport doit être au service d’un but positif

Cette année, la plus haute compétition du football mondial se tient en Russie. Sur cette terre, plusieurs sportifs ont aussi ‘’bavé’’. En effet, dans les années soviétiques, les frères Starostine, footballeurs du Spartak Moscou, ont été envoyés au Goulag.

L’affaire du dopage d’athlètes russes aux Jeux olympiques ne finit pas non plus de faire jaser et d’inquiéter. Certains spécialistes dénoncent un vaste système de dopage institutionnalisé tandis que d’autres y voient une similitude avec les pratiques fascistes.

Alors, vu la qualification au mondial d’équipes dirigées par des gouvernements autoritaires et les suspicions de retour aux périodes sombres du sport, il y a lieu d’interpeller. Que les dirigeants du monde sachent que le sport est avant tout à considérer comme un jeu. Il doit être tenu loin des guéguerres politiques, car les compétitions sportives sont une occasion de célébrer l’amitié et la fraternité entre les peuples. C’est un moyen de démontrer notre humanité. Tout au plus, le sport pourrait servir la cause d’un but politique positif : celui d’unir et de contribuer à la paix entre les Hommes.

Vive le sport, vive la fraternité, vive l’esprit fair-play !

« Dans la considération dont [les peuples] jouissent à l’étranger, les performances sportives entrent pour une proportion non-négligeable. » Léopold Senghor, 1961.

« Nous devons construire la nation… Je prendrai un soin jaloux à faire en sorte que tout parte du sport. » Joachim Bony, ministre ivoirien de la Jeunesse et des Sports, mars 1966.

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