Côte d’Ivoire : qui veut être élu(e) ménage sa communication

le jeu de la communication en période électorale

En Côte d’Ivoire, la campagne électorale pour les élections régionales et municipales est lancée depuis le 28 septembre 2018. Overte pour 14 jours, elle ne laisse presque personne indifférent tant les dieux de la communication se sont invités dans l’arène politique. Promesses mirobolantes, affiches et vidéos séduisantes, bains de foule abracadabrantesques, etc. Autant de faits et d’astuces pour recueillir le suffrage des reines et des rois d’un seul jour : les électeurs.

Ce n’est absolument pas insolite de constater des duels entre des candidats en campagne. Cela s’inscrit dans l’ordre naturel des choses en politique. Ainsi, les élections locales en Côte d’Ivoire ne dérogent pas à cette règle.

Les duels de communication entre candidats

Et comme pour bien faire les choses, certains candidats ou du moins certaines zones électorales en Côte d’Ivoire se sont démarquées plus que d’autres. Les élections pour deux zones stratégiques de la ville d’Abidjan, la capitale économique, déchaînent toutes les passions. Tout d’abord celle de la commune du Plateau et ensuite celle de la commune d’Abobo.

  • L’élection du maire de la commune du Plateau

Pour ceux qui ne le savent pas, la commune du plateau à Abidjan est le centre des affaires. Elle abrite la plupart des institutions nationales, les sièges des banques, des grandes entreprises, mais aussi les sièges de plusieurs institutions internationales. Cette commune est donc d’une grande importance stratégique et économique. Et, pour les élections dans cette zone, deux candidats titanesques s’affrontent.

Le premier est Fabrice Sawegnon, patron du groupe Voodoo communication. Il entend envoûter les électeurs avec ses talents de communicateur. Talents qui lui ont valu son surnom de « faiseurs de rois ». En effet, il a assuré la communication de la campagne présidentielle de personnalités comme Ali Bongo, Patrice Talon, Alassane Ouattara et j’en passe. Son slogan de campagne #AgirAvecLeCoeur est évocateur. Il promet l’assurance-maladie à chaque habitant, des emplois à chaque jeune et de hisser le Plateau au rang de labels comme Paris ou New-York. Pour parvenir à ses fins, il n’hésite pas à sortir le grand jeu. Dans la commune, ses affiches démesurément grandes font de très loin écran à celles de son challenger. Sur internet, il n’hésite pas à se mettre en scène pour séduire.

Fabrice Sawegnon, #AgirAvecLeCoeur

Le second, Jacques Ehouo, est présenté comme le candidat de l’espoir face à celui qualifié de « candidat du pouvoir ». En effet, Jacques Ehouo, jeune député, a été propulsé par son parti dans la campagne après la destitution de l’ancien maire. Ce dernier, juste quelques semaines avant le début de la campagne électorale, a été poursuivi pour une affaire de détournement de fonds. En contre-attaque à la politique de son adversaire, Jacques Ehouo rétorque que les actions qui viennent véritablement du cœur ne font pas trop de bruits. Son slogan et son hashtag sont ainsi trouvés #SansBruit. Dans des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux, des habitants de la commune témoignent des actions de leur champion.

Jacques Ehouo, #SansBruit
  • L’élection du maire de lacommune d’Abobo

Abobo est de loin la commune la plus atypique d’Abidjan voire de Côte d’Ivoire. Deuxième commune la plus peuplée après Yopougon, Abobo est qualifiée de commune des « bramôgôs », des « grouilleurs ». Bref, des personnes qui luttent chaque jour pour exister et s’en sortir dans la vie. Dans cette commune, la campagne électorale doit nécessairement se faire autrement. A cet exercice, deux poids lourds se font face. Derrière chaque candidat, c’est une formation politique en scission qui mesure ses forces.

Le premier candidat à présenter n’est nul autre que le ministre de la Défense, Hamed Bakayoko ou « Hambak » de son surnom. Militant convaincu et officiellement soutenu par le parti au pouvoir, Hambak n’a pas attendu le début de la campagne pour faire parler le lui. En fin stratège, il s’est lancé quelques semaines avant dans la cause dite humanitaire et sociale. Il a commencé par offrir des véhicules aux communautés, des centaines de machines à coudre, des denrées alimentaires, etc. Plusieurs personnes ont également reçu des sommes d’argent pour, dit-on, financer leurs projets. Lui aussi ne reste pas en marge du monde de la communication. Ses affiches, ses vidéos et autres supports démontrent son envie de gagner.

Une vidéo de campagne du candidat Hamed Bakayoko.

Le second candidat, plus modeste dans sa prestance, est un inconnu aux yeux du grand public. Mais à Abobo, il semble être une pop star. On l’appelle Koné Tehfour. Il est qualifié de Soroïste, référence faite à son soutien indéfectible à son mentor Soro Kibafori Guillaume, président de l’Assemblée nationale, ex chef de la rébellion armée et probable candidat aux élections présidentielles de 2020. A entendre ses partisans, Koné Tehfour est leur sauveur. Car semble-t-il, il n’a pas attendu qu’il y ait des élections pour s’intéresser aux populations dites pauvres. Son slogan tiré du langage de rue pratiqué à Abobo et devenu viral traduit justement cette dernière idée : #OnTchounPasAbobo.

Koné Tehfour, #OnTchounPasAbobo.

Elections, ce n’est pas palabre !

Comme dit le proverbe africain, « Même si tu n’aimes pas le lièvre, reconnais au moins qu’il court vite. » Ces jeux de duels de communication entre candidats ont le don de booster la participation des populations à l’action publique. Cela est à saluer.

Cependant, il convient d’alerter sur les fortes passions que déchaînent ces stratégies de communication. On le sait trop bien en Côte d’Ivoire, les passions restent difficiles et peuvent parfois conduire à des actes regrettables si elles ne sont pas vite maîtrisées.

Ainsi, à l’approche du 13 octobre 2018, journée de scrutin, il faut insister sur le fait que les élections ne doivent pas être des sources de violences. C’est pourquoi, les candidats doivent s’abstenir de propos et d’actes de violence comme on a déjà pu le constater.

le duel de communication

Il y a donc lieu d’en appeler à la conscience et à la responsabilité des candidats. Car ils ont la charge d’éduquer leurs partisans à accepter les résultats des urnes. Et à tout le moins, de recourir aux moyens légaux pour se faire entendre en cas de suspicion de fraude.

Car il faut le rappeler, la Commission électorale (CEI) actuelle a été déclarée illégitime et illégale par une décision de la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples. Sa réforme avait même été présentée comme une condition sine qua non de participation de la plateforme des partis de l’opposition.

Ceci dit, tout de même, nous souhaitons un franc succès à tous les candidats ! Que le meilleur gagne, démocratiquement !

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