Les Boni de Guyane, parents des Akan de Côte d’Ivoire

Article : Les Boni de Guyane, parents des Akan de Côte d’Ivoire
23 septembre 2017

Les Boni de Guyane, parents des Akan de Côte d’Ivoire

Un même nom de famille peut être utilisé dans plusieurs autres contrées du monde. Cela peut-être juste le fruit du hasard ou vraisemblablement cacher une vérité historique. Dans le cas du nom « BONI », la réalité dépasse le cadre fantasmagorique. Il révèle des liens oubliés entre deux nations.

« Tu viens de la Guyane !? », « Boni, c’est guyanais non !? », m’interrogeait une jeune et belle française lors d’une activité. Sur le coup, je n’avais pas saisi le sens des questions. Je me suis contenté de sourire un peu bêtement et de répondre « ça se remarque vraiment !? ». Apparemment, ça avait suffi à lui arracher un sourire en retour et faire plus ample connaissance.

La même soirée, donc, intrigué, j’ai décidé de faire des recherches sur le patronyme que je porte fièrement. J’ai ouvert la boite magique et interrogé Google, YouTube, et même Facebook pour qu’ils me disent tout de « BONI ». Trois heures après avoir remonté le fil du temps, c’est une histoire révoltante, passionnante et surtout humaine que je découvrais.

La fuite des Boni, de la captivité à la révolte pour la liberté…

Tout commence au XVIIème siècle avec une reine et sa nièce en fuite : Abla Pokou* et Akwa Boni. Akwa Boni, femme autant aimée et respectée que la reine, donna, semble-t-il, son nom à une caste de guerriers redoutables. On les appelait les « élobouwè » ce qui signifie littéralement « ceux qui ouvrent le chemin ». Hommes de corpulence quasi parfaite, cette caste payera un lourd tribut lors de la période de la traite négrière. Plusieurs seront emmenés en captivité au-delà des mers pour travailler dans les plantations de café, de cacao, de canne à sucre et de coton. C’est la Guyane et le Suriname en Amérique du Sud, pour l’essentiel, qui vont les accueillir.

Soumis aux conditions exécrables de l’esclavage que l’on connaît, un homme en particulier, aspirant à la justice, à la liberté et fier de ses origines africaines, n’aura d’autre choix que de s’insurger contre cette pratique honteuse. Boni Okilifou, succédant à un certain Asi Sylvester, avec de nombreux autres esclaves, fuient les plantations pour former des communautés d’insoumis dans la forêt Amazonienne. Ils attaquent les propriétés de leurs anciens maîtres les Néerlandais pour libérer des esclaves et récupérer des armes. On les appellera les « nègres marrons ».

Après cet épisode, une guerre d’autonomie va opposer la communauté des Bonis à la puissance néerlandaise, puis à d’autres communautés noires ayant signé des accords de paix avec la puissance négrière. C’est une guerre d’environ un siècle qui va s’achever en 1860 avec la conférence d’Albina. Là, est alors officiellement reconnue l’indépendance de la communauté des Bonis. Ils se voient attribuer des régions en Guyane et au Suriname actuels, aujourd’hui territoires français.

La liberté et le droit de revendiquer son passé…

Les Bonis, aussi appelés les « Alukus », vivent en parfaite harmonie et dans l’esprit des rites traditionnels africains. On peut facilement discerner chez eux les similitudes avec le groupe Akan de Côte d’Ivoire. Leur patois, leurs danses, leurs noms et prénoms, leurs fêtes, le mode de transmission du savoir et même du pouvoir, etc., témoignent assez de leur résistance et de leur fierté à être des enfants de l’Afrique. De nos jours, dans l’outre-mer, être un Boni est une immense fierté. C’est réclamer son afro descendance.

Voici un documentaire réalisé par Serge Bilé, qui a reçu le prix Karl Levesque en 1995.

A la fin de mes recherches ce soir-là, après avoir comparé le niveau de développement de la Guyane et du Suriname à celui de la Côte d’Ivoire, le seul sentiment de fierté qui m’est resté était de savoir qu’il s’est trouvé des frères suffisamment fiers de leur africanité pour réclamer leur autonomie et dire non à toute forme de domination.

J’ai une fraction de seconde pensé à leur retour en Afrique, mais la réalité ivoirienne et l’exemple du Liberia m’a très vite fait abandonner cette idée. Voilà donc l’autre histoire des Boni d’ici et des Boni d’ailleurs. Une histoire que j’aurais fort aimé entendre lors de mes visites au Musée des Civilisations de Côte d’Ivoire.

Car, comme dit Christine de Suède : « La science de ton passé est ton passeport pour l’avenir. ». Et comme le dit tout aussi bien Winston Churchill : « Un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre ».

Dans un tel contexte, connaître son passé est plus que simplement important : c’est un droit. Je dirais même que c’est un droit de l’homme fondamental.

……………………

*Abla Pokou (ou Aura Poku, ou Abra Pokou) est une reine africaine qui, vers 1770, mena le peuple baoulé du Ghana vers la Côte d’Ivoire. La légende raconte qu’elle aurait sacrifié son fils unique pour traverser une rivière. Source : Wikipedia

Voici un lien qui vous donnera plus de détails sur l’histoire des Boni de Guyane et du Surinam. Cliquez sur ceci: https://www.persee.fr/doc/outre_0300-9513_1960_num_47_166_1316

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Commentaires

Richard Konan
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J'ai appris un tas de choses après la lecture de ce billet. Merci!

Le Petit Kettinois
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Merci Richard,
ça nous touche énormément !
Nous vous conseillons de faire un tour dans notre DiGiTecH
Aussi, écouter une musique Guyanaise qui rappelle l'histoire des Boni
https://www.youtube.com/watch?v=ntJ9jBlvlK8

Marie kouakou

Merci d'avoir fait cela
Il faut partager cela sur tous les réseaux sociaux dans les villages Boni Surinam aussi
Ainsi que dans les villages Akan de Côte d'Ivoire et du Ghana
J'en ai les larmes aux yeux
Je partage

Le Petit Kettinois

Marie, je suis vraiment touché par ton commentaire. Effectivement, je crois qu'il est important de faire connaître cette histoire. Car, c'est notre histoire ! Je te remercie aussi pour la promesse de partage.

William Fabrice

Bonjour, je viens de voir le reportage qui est pour moi très intéressant. Vous voyez, un peuple ne se perds jamais. J’avais la chair de poule en suivant les commentaires <>. J’ai encore les larmes aux yeux... merci et encore merci. Je ivoiro-Guyanais, mon père est de Saint Laurent du Maroni et ma mère est de l’Ouest de la Côte d'Ivoire, de Bouaflé précisément. Très content pour ce métissage.

Le Petit Kettinois

Fabrice,
Je suis très heureux de savoir que cet article transmet autant d'émotions et suscite de la curiosité qu'à notre histoire. Et, j'aime ta fierté de métissage (qui peut-être n'en est pas vraiment un lol !).

Affoue Lydie

Merci pour l'initiative de cette publication. Je souhaite avoir un contact direct avec vous. Je suis de Sakassou

Le Petit Kettinois

Merci pour vos riches commentaires. Je vous recontacte par email.

Laurant Yao Koffi
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Ce billet ne me laisse pas indifférent. Je suis akan et en plus je fais des recherches pour mieux saisir l'histoire des akan depuis la fuite de la reine Abla Pokou et de sa sœur ou nièce Akoua Boni au 17eme siècle de la Gold Coast( Ghana actuel) vers l'ouest ( Côte d'ivoire aujourd'hui). C'est donc une belle contribution qui que fortifie dans mes convictions sur ce pan d'histoire des akan.

Le Petit Kettinois
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Merci Laurant, je suis heureux que ce billet te serve dans ta quête de la vérité historique. Au bas de l'article, il y'a un lien qui pourrait davantage t'aider. Il renvoie vers un document détaillé sur les Boni de Guyane. Ne manque pas de partager l'article pour éclairer la lanterne de bien d'autres personnes.

Affoue Lydie
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Akwa Boni est la niece de La Reine- Mère Abla ou Ablaha Pokoua (Pokou etant le masculin comme Amoin et Kouame) car fille de sa propre soeur. C' est Nanan Akwa Boni qui a cree le walebo avec le Royaume de Sakassou et son fils Kwaku Dje 1a été le 1er Roi de Sakassou.
Le frère de Abla Pokou a fondé Beoumi comme un fort de protection de Sakassou.

Boni aristide
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Merci pour ces informations

Diarrassouba
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Je suis très ravi de lire cet article relatant ces faits historiques.Je viens d'apprendre une belle histoire sur la côte d'Ivoire précisément sur le peuple Alan.

Le Petit Kettinois
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Merci bien !