Les réseaux sociaux, des livres ouverts pour la jeunesse en Afrique

Les jeunes et les réseaux sociaux

Depuis l’introduction de l’école moderne en Afrique, nous avons tous adopté et développé des capacités à nous instruire sur du papier. Aujourd’hui, à l’ère du développement du numérique, la capacité d’apprendre sur supports électroniques semble faire douter beaucoup de personnes. On pense, à tort ou à raison, qu’internet, et spécialement les réseaux sociaux, ne sauraient jouer un rôle formateur chez le jeune. Et pourtant, la petite anecdote que je vais vous partager semble accorder du crédit à ceux qui croient en la puissance éducatrice des réseaux sociaux.

Le vieil homme, la jeune demoiselle et la lecture…

Il y a quelque temps, dans un *gbaka, un monsieur d’un certain âge reprenait un peu trop paternellement une jeune demoiselle à mes côtés. Il affirmait, dans un chœur d’innombrables « hum hum » d’acquiescement des autres passagers, ce qui suit :

« Vous les enfants d’aujourd’hui, vous avez toujours le nez dans les réseaux sociaux. C’est pourquoi vous ne valez plus rien à l’école. Au lieu de prendre un livre et le lire, vous êtes toujours en train de vous amuser avec votre téléphone… ».

Cependant, quelques instants avant la montée du vieil instituteur (je crois deviner que c’était sa profession), j’avais eu une petite discussion avec la jeune demoiselle. Ainsi, j’avais appris un tas d’informations sur cette dernière. Ce qui m’a permis de me désolidariser de cette réprimande infondée.

De notre petite discussion, j’avais appris qu’elle avait 14 ans. Qu’elle était en classe de seconde littéraire et fréquentait un établissement d’excellence. Le lycée de jeunes filles nommé Sainte Marie d’Abidjan en Côte d’Ivoire.

Les réseaux sociaux, de multiples petits livres en accès libre…

Aussi, pendant nos échanges, j’avais pu jeter un œil curieux à l’écran de la lycéenne. J’ai pu ainsi constater qu’elle prenait surtout la peine de lire les publications impeccablement rédigées des pages Facebook de certaines institutions comme l’Ambassade des USA, de certains « *influenceurs » et autres auteurs ivoiriens.

Je me rappelle avoir hésité un instant avant de lui demander subtilement son âge. En fait, j’avais été impressionné par deux choses : la sérénité de son visage d’enfant et la maturité de son langage. Elle me paraissait bien étrange comme jeune demoiselle. Bien étrange, parce qu’elle semblait différente en tous points aux autres jeunes gens de sa génération. Elle avait dans son regard une lueur particulière. Une lueur si particulière qu’elle avait suffi à aveugler le vieil homme et sa chorale. Une lueur semblable à celle des influenceurs et auteurs dont elle visitait les pages.

De mémoire, je fais référence entre autres à Kane Aminata Koné, Audrey EhoumanYehni DjidjiJean-Patrick EhoumanEdith BrouRaissa BanhoroMarie Ella Kouakou, Hermann Cakpo, Alain Tailly et la brillante meilleure blogueuse de l’année 2017 en Côte d’Ivoire, Tchonté Pitin Mireille Silué.

Elle apprenait « énormément de leur manière captivante d’écrire, de leur sens de la responsabilité, et des conseils pratiques en matière de leadership », m’avait-elle confiée.

L’éducation à un usage positif des réseaux sociaux

En somme, de cette petite histoire, on peut en tirer deux choses, voire trois.

En premier lieu, sans doute influencé par les réalités de leur temps, beaucoup de gens pensent qu’apprendre ne peut se faire qu’au travers des moyens primaires. On caricature le bon apprenant. On se représente une personne entourée de multiples livres sur une table, stylo en main et cahier de notes ouvert. Ou aussi, une personne ayant comme camarade de compagnie, un livre en main. Et pourtant, le monde a bien évolué. Aujourd’hui, à l’ère où l’électronique et l’informatique sont partout présentes, il faut comprendre que l’image du bon apprenant ait aussi changé. Désormais, tous ces livres posés sur table et cahier de notes sont dématérialisés. Un ordinateur ou un simple smartphone peut ainsi renfermer tous ces éléments.

En second lieu, concernant les réseaux sociaux, il faut reconnaître que leur usage a progressivement évolué. D’un usage à la base ludique, les réseaux sociaux sont aujourd’hui devenus des outils de partage de la connaissance. Ils ont démocratisé la connaissance et la liberté d’expression. Ainsi, sur une page Facebook par exemple, l’on peut bénéficier quasi gratuitement de l’expérience écrite, visuelle ou sonore d’une personne. C’est un peu comme de petits livres ouverts à tous. On est à la fois lecteur et auteur. Et on peut ainsi utilement s’enrichir intellectuellement. Pourvu qu’on sache s’orienter dans ses choix de lecture, comme dans une bibliothèque physique.

Enfin, il est à retenir qu’internet, et en particulier les réseaux sociaux, sont des outils efficaces pour informer, inspirer, et mobiliser. Ils ont les mêmes capacités éducatives que le livre et autres outils traditionnels. Mieux, de par leur dynamisme, ils participent à la promotion et à la protection de nombreux droits de l’homme. Cependant, il faut le reconnaître, son usage n’est pas sans risque. C’est pourquoi, dans un contexte où les réseaux sociaux font intégralement partir de la vie quotidienne du jeune, il est important d’encourager les initiatives en faveur d’une éducation à l’usage des médias sociaux.

A Singapour, la puissance et la portée des réseaux sociaux sont utilisés dans les établissements pour améliorer les résultats des apprenants. Cette initiative peut servir de modèle dans l’avenir pour de nombreux Etats africains.

 Petit glossaire :

  • Le gbaka est un mini-car de transport en commun de 18 places en service à Abidjan/Côte d’Ivoire.
  • Un influenceur est une personne disposant d’un compte sur un média social (blog, Twitter, groupe ou page Facebook) et diffusant régulièrement un nombre important de contenus à une communauté large et fidèle. Cette personne dispose d’un capital social élevé qui fait d’elle un prescripteur auprès de sa communauté. (source: http://www.ecommercemag.fr )

NB: Cette semaine, faites un tour dans la DiGiTecH pour avoir des conseils pratiques pour un usage responsable des réseaux sociaux 🙂 .

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