Côte d’Ivoire : Mise en liberté des quarante (40) étudiants détenus à la MACA

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L’information a été rendue publique par la Fédération Estudiantine et Scolaire de Côte d’ivoire (FESCI) dans la soirée du mercredi 11 octobre 2017. Quarante (40) étudiants, ex-détenus de la Maison d’Arrêt et de Correction d’Abidjan (MACA) ont tous été libérés. En effet, ils avaient été arrêtés le 18 septembre 2017 à l’occasion d’une manifestation de protestation contre les frais supplémentaires sur les inscriptions dans les établissements scolaires de Côte d’Ivoire.

Retour sur les faits…

Le lundi 11 septembre 2017, s’annonçait la rentrée scolaire 2017-2018 en Côte d’Ivoire. A cet effet, le gouvernement ivoirien réitérait la gratuité des inscriptions sur toute l’étendue du territoire national. Mais, entre les déclarations politiques et la réalité sur le terrain, il y a un énorme écart. Les premières journées du lancement des inscriptions vont le témoigner.

Dès le lundi 04 septembre 2017, date du début des inscriptions, les grognes vont se faire de plus en plus entendre. Les parents d’élèves ont commencé par dénoncer les petits bouts de feuilles qui leurs sont distribués. Ces feuilles d’informations comportent toute une liste d’éléments à payer par eux. Tantôt, il s’agit de cotisation à verser au COGES (La Coordination des comités de Gestion des Etablissements Scolaires de Côte d’Ivoire), tantôt c’est le coût des matériaux de construction de classes qu’il faut payer. Dans chaque établissement, chaque responsable dresse sa propre liste. Et, ce qu’on appelle désormais les frais annexes prennent l’envol. C’est des milliers de francs CFA que chaque parent devra débourser pour voir son enfant inscrit. Chez les populations ivoiriennes, il apparaît donc évident que la gratuité des inscriptions promise n’est que leurre. Elles ne vont pas tarder longtemps avant de réagir.

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Liste de fourniture pour la première année de classe primaire, image obtenue sur la page Facebook de ODCI

 

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Liste au Lycée Moderne Jeunes filles de Bouaké, image obtenue sur la page Facebook de ODCI

Grogne sociale contre les frais annexes…

Sur les réseaux sociaux, l’exaspération se fait sentir. Chacun y va de son commentaire, preuve à l’appui pour certains. On évoque le droit fondamental d’accès à l’éducation et l’engagement du pays à rendre l’école obligatoire pour dénoncer ces pratiques de racket déguisés. On interpelle le gouvernement, qui dans une lettre écrite ouverte, qui d’autre dans une vidéo diffusé sur Youtube. La télévision nationale semble muette sur le sujet et le gouvernement ne rien en savoir.

Face au mutisme des autorités gouvernementales et du ministère de l’éducation nationale en particulier, la FESCI a décidé de prendre ses responsabilités. En tant que la plus grande structure de défense des droits des élèves et étudiants de Côte d’Ivoire, elle appelle à une grève générale. Dans l’exposé des motifs de la grève envisagée, la FESCI explique que les frais annexes perçus sont en lien avec la mauvaise gestion des ressources financières issues des inscriptions en ligne. En effet, explique-t-elle, les frais perçus à l’occasion des inscriptions en ligne sont centralisés au niveau du ministère de tutelle. C’est donc lui qui gère et décide de tout l’argent qui revient à la gestion des établissements y compris au fonctionnement des COGES. Ainsi donc, vu le retard et l’insuffisance des sommes allouées, les établissements publics et les COGES n’ont autre choix que de « racler » dans les poches des parents, ajoute-elle.

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Première de page du journal satirique GBICH !

Arrestation des étudiants et mobilisation sociale…

La suite, on la connait. Le 18 septembre 2017, la grève projetée a effectivement lieu. Tôt dans la matinée, des échauffourées éclatent entre policiers et étudiants. Les policiers pénètrent dans les cités universitaires et arrêtent une quarantaine d’étudiants. Trois (03) demoiselles et trente-sept (37) jeunes hommes seront conduits à la Maison d’Arrêt et de Correction d’Abidjan (MACA). Ils seront accusés de troubles à l’ordre public, coups et blessures volontaires contre les agents de police.

Toute la durée de leur détention, la mobilisation pour demander leur libération prendra de l’ampleur. Cela, d’autant plus que la cause défendue parait évidemment légitime. A cet effet, la FESCI sera épaulée dans ses efforts par toute la communauté nationale. Les parents d’élèves et d’étudiants, les associations, les organisations, certains partis politiques et même le simple citoyen s’est senti concerné. Tous, comme d’une même voix ont dénoncé les frais annexes et demandé la libération sans condition des étudiants détenus.

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Libérez lez 03 étudiantes, photo obtenue sur la page Facebook de ODCI

Le mercredi 11 octobre, dans la soirée, à l’occasion de la journée internationale de la jeune fille, les étudiants détenus seront libérés. Depuis lors, tout semble être revenu à l’ordre. A ce jour, les frais de cotisation annexes ont généralement été abandonnés ou du moins réduits considérablement. Les cours dans les Universités, suspendus depuis le déclenchement de la grève, devraient reprendre dès le lundi 16 octobre 2017.

In fine…

Au terme de cet épisode, nous recommandons au gouvernement de poursuivre ses efforts pour une gratuité effective de l’école. Cela, au regard du taux élevé d’analphabétisme qui est de 51 % en Côte d’Ivoire selon l’Unesco. Ainsi, la suppression des frais annexes pourraient donc éviter le découragement des pauvres populations dans leur volonté de scolariser leurs enfants. C’est pourquoi, nous ne devons pas perdre de vue l’utilité de l’instruction dans l’ambitieux projet d’émergence d’ici 2020.

A cet effet, la célèbre citation de Nelson Mandela vient plus qu’à propos. « L’ éducation est l’arme la plus puissante qu’on puisse utiliser pour changer le monde. »

 

NB: Cet article est en lien avec notre article intitulé Côte d’Ivoire : étudiants à l’école oui, dans les geôles non !

 

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