Darwin, théorie de l’évolution et racisme : enquête du petit kettinois

Charles Darwin et la théorie de l'évolution

Ce mois d’octobre 2017, des photos de chimpanzé, de babouin et autres animaux accolées à celles d’Africains ont été présentées. Les faits se sont déroulés dans un musée de Wuhan dans la province de Hubei en Chine. En visionnant la vidéo mise en ligne, en tant qu’Africain, choqué, je n’ai pas pu m’empêcher de m’interroger. Alors,  je me suis demandé s’il existe un lien possible entre Charles Darwin, la théorie de l’évolution et le racisme.

Ainsi, pour me faire une opinion plus sereine, encore une fois, j’ai fait parler la boîte magique. Au terme de mes recherches, ma perception de Darwin et de la théorie de l’évolution s’est vue changée.

Charles Darwin et son environnement raciste…

Aujourd’hui, dans tous les programmes scolaires, on étudie l’origine et l’évolution de l’espèce humaine. On évoque à coup sûr, le naturiste et scientifique anglais, Charles Darwin. On apprend de lui qu’il y a eu évolution graduelle des espèces vivantes dans la nature. Et dans un ballet de raisonnements, on apprend aussi la filiation entre les humains et les animaux (le singe particulièrement).

Pour être plus précis, on nous dit que la lignée humaine vient de l’Afrique. Pour exemple quasi-irréfutable, on rappelle la célèbre découverte de fossiles d’espèce bipède. En 1974, à Hadar en Ethiopie, on découvrait Lucy. Et pour se convaincre de la véracité de l’évolutionnisme, il faut être assez fort pour résister à une tentation raciste. Apposer côte à côte la photographie d’un singe et celle de l’homme africain.

Et pourtant, on était loin de suspecter l’environnement racistes du célèbre apôtre de la théorie de l’évolution. Tout d’abord, à l’époque de la vie de Darwin (1809-1882), l’esclavage puis le racisme étaient érigés en norme. Il n’était pas anodin de voir des noirs exposés comme des bêtes de foire. Parfois même, l’exposition se faisait dans des zoos.

Ensuite, l’entourage familial de Darwin était loin d’être angélique. Son propre cousin, Sir Francis Galton, l’un des pères de la biométrie, était connu pour ses positions racistes. Ce dernier, fonda un club et un courant scientifique de pensée imprégné de ses idées : l’eugénisme. Son courant repose en grande partie sur la théorie de l’évolution Darwinienne. Francis Darwin, fils de Charles Darwin, prendra la direction même de la fédération internationale des organisations eugénistes.

Enfin, ce n’est un secret pour personne. La théorie de Darwin et l’eugénisme de Galton ont été exploités par l’Allemagne nazie. Tantôt pour ériger une race au-dessus des autres. Tantôt pour pratiquer l’épuration des Juifs, des Tziganes et des Noirs.

Les déclarations ambivalentes de Darwin…

Concernant le scientifique lui-même, plusieurs voix se sont élevées et s’élèvent encore pour assurer sa défense. Il se dit que, même entouré de personnes montrant clairement leur dédain pour le noir, Darwin n’a pas été raciste. Et que, selon l’auteur Patrick TORT, les écrits du scientifique témoignaient de sa révolte personnelle contre l’esclavagisme.

Mais certaines déclarations de Darwin dans son ouvrage intitulé La descendance de l’homme et la sélection sexuelle, font douter plusieurs. Pour exemple, il affirme que :

« Quiconque a vu un sauvage dans son pays natal n’éprouvera aucune honte à reconnaître que le sang de quelque être inférieur coule dans ses veines. J’aimerais autant pour ma part descendre du petit singe héroïque qui brava un terrible ennemi pour sauver son gardien, ou de ce vieux babouin qui emporta triomphalement son jeune camarade après l’avoir arraché à une meute de chiens étonnés, – que d’un sauvage qui se plaît à torturer ses ennemis, offre des sacrifices sanglants, pratique l’infanticide sans remords, traite ses femmes comme des esclaves, ignore toute décence, et reste le jouet des superstitions les plus grossières. ».

Mais quel qu’il fût ou de qui son entourage ait été constitué, il ne faut pas faire d’amalgame. La théorie de l’évolution ne devrait pas souffrir des péchés, fondés ou non, des individus.

L’excuse expiatoire à la théorie de l’évolution…

Ainsi, il faudrait séparer l’idée de racisme associé (à tort ou à raison) à Darwin, à la théorie de l’évolution. Car, même si on lui concède la publicité de la théorie, un fait doit être reconnu.

L’idée de l’évolution des espèces est largement antérieure au scientifique anglais. Avant Darwin, plusieurs autres ont réfléchi sur l’hypothèse. Le français Georges Louis Leclerc Buffon, Jean-Baptiste de Lamark et l’écossais athée Robert Chambers ont avancé que la transformation d’une espèce en une autre est le résultat d’une dégénérescence. Et de plus, depuis même l’époque médiévale, des savants Arabes ont eu l’intuition de l’évolution des espèces. Ibn Miskawayh (932 – 1030), savant Perse déclarait ceci :

« L’animalité arrive finalement à la frontière de l’humanité chez le singe qui est juste un degré au-dessous de l’homme dans l’échelle de l’évolution. ».

Par conséquent, il faut peut-être commencer par adopter une attitude autre. Celle de cesser de résumer la théorie de l’évolution à l’idée de sélection naturelle de Darwin. Car l’évolutionnisme possède en réalité plusieurs autres piliers. La physiologie, l’écologique, l’anatomie comparée, la paléontologie et plus récemment la génétique soutiennent aussi l’idée de l’évolution des espèces.

En conclusion, à notre avis, le point de vue raciste de la théorie de l’évolution doit être abandonné. Car, en réalité, la théorie évolutionniste ne repose pas uniquement sur les travaux de Charles Darwin.

L’épilogue, à retenir…

Pour revenir à la honteuse exposition photographique qui m’a révolté au point de me faire extrapoler, je dirais deux choses.

La première : Pour éclairer mon analyse, je dirais que je ne peux pas affirmer avec certitude que Darwin ait été raciste. Cependant, ce qui me semble évident à comprendre, c’est que la théorie de l’évolution ne doit pas se résumer à Darwin. Non plus se résumer à des individus et leurs supposées dérives personnelles. Car, bien d’autres avant Darwin ont travaillé sur la question de l’évolution. Et elle a germé dans l’esprit de nombreux individus, de toutes les origines, de toutes les races. 

Donc, dire que Darwin ait été raciste (c’est encore matière à discussion) ne devrait avoir aucune incidence sur l’évolutionnisme. Mais ce qui me semble claire, c’est que la théorie de l’évolution en elle-même n’est pas raciste. On peut l’accuser d’être une position athée, en ce qu’elle va à l’encontre de la position créationniste (Dieu créa l’homme), mais pas plus.

La seconde : La volonté inavouée de présenter l’Africain comme un animal (dans le cas d’espèce), démontre une chose importante. Tout esprit humain aussi brillant soit-il peut avoir des moments d’étroitesse. C’est humain de ne pas être parfait et de commettre des erreurs. C’est pourquoi, il conviendrait, peut-être, de rappeler souvent une chose importante. 

Nous vivons dans un monde ou les torts causés aux minorités raciales ont été reconnus. Ils ont été déclarés contraires aux droits inaliénables de l’Homme, et ont même fait l’objet d’excuses publiques. Alors, il serait enfin temps que tous nous méritions notre titre un cran au-dessus des autres animaux.

One thought on “Darwin, théorie de l’évolution et racisme : enquête du petit kettinois

  1. Ta lecture m’a emporté, mais tout compte à voir de près nous pouvons dire quant à moi que les théories qui essaient de comparer l’homme à des singes sont pour la plupart racistes. Il suffit de visionner les images postées à cet.

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