Côte d’ivoire, l’extinction de la biodiversité en marche à grand pas

Côte d'Ivoire, la biodiversité en péril

Le sujet de la protection du patrimoine forestier de la Côte d’Ivoire n’est pas nouveau. En décembre 2015, sur mon précédent blog, j’appelais à une prise de conscience. Aujourd’hui, je remets à neuf mon article dans l’objectif d’interpeller les décideurs nationaux et internationaux.

80% des forêts de la Côte d’Ivoire disparues en un demi-siècle

Nous vivons dans un pays qui ne grandit pas, alors que sa population augmente chaque année. Selon le dernier Recensement Général de la Population et de l’Habitat (RGPH 2014), la population ivoirienne est aujourd’hui estimée à 23 millions d’habitants. Cette population grandissante a sans aucun doute un impact important sur l’espace forestier de la Côte d’Ivoire. Car elle est foncièrement agricole. On dénombre environ dix millions de travailleurs du secteur agricole.

A ce jour, l’agriculture participe à la formation de 20 % du Produit Intérieur Brut (PIB) de la Côte d’Ivoire. Et les cultures de rente telles que le café, le cacao, l’hévéa, le coton, le palmier à huile, etc. soutiennent le développement économique du pays. Aussi, les cultures vivrières ne sont pas en reste. Le riz, le maïs, l’igname, le manioc, la banane plantain apportent de leur appui en servant principalement à la consommation locale des Ivoiriens.

Ce fait socioéconomique a, comme déjà noté, une incidence sur les forêts de Côte d’Ivoire. Par l’effet du défrichement pour cause agricole, de l’installation anarchique et clandestine dans les aires protégées, de la multiplicité des industries extractives et du bois, de l’urbanisation extensive et des incendies accidentels, la forêt ivoirienne tend à disparaître.

Présentement, 80% des forêts de la Côte d’Ivoire ont disparu en un demi-siècle. Ce n’est un secret pour personne, la forêt ivoirienne a connu une dégradation incessante. De plus de 16,5 millions d’ha à l’indépendance en 1960, le couvert forestier ivoirien est progressivement passé à environ 12 millions d’ha en 1970 puis à 4 millions d’ha en l’an 2000. De nos jours, il ne reste plus qu’environ 2 millions d’ha de forêt à la Côte d’Ivoire.

Avec la forte dégradation de la flore, la faune ivoirienne est, elle aussi, gravement menacée. Car, flore et faune sont intimement liées.

La faune ivoirienne en voie d’extinction

Sur les sites web de tourisme et de voyage en Côte d’Ivoire, on peut lire de belles annonces comme celle-ci.

« La faune de la Côte d’Ivoire est particulièrement riche : l’animal le plus emblématique reste l’éléphant qui subsiste dans les réserves et parcs naturels. Les hippopotames, les hylochères (semblables au sanglier), les antilopes, les buffles et les singes sont des exemples de mammifères que l’on rencontre en Côte d’Ivoire. ».

Mais, loin des cartes postales et sites de tourisme, la réalité est beaucoup moins idyllique. Pour cause de déforestation abusive et de braconnage, de nombreuses espèces animalières sont en voie d’extinction. Et, certaines n’existent carrément plus dans le pays.

L’éléphant, pachyderme qui a malgré lui prêté son nom au pays, est gravement menacé de disparition. De nombreux travaux et rapports font état d’une diminution drastique de la population d’éléphants en Côte d’Ivoire. En effet, beaucoup moins du nombre de 1000 éléphants en liberté est estimé.

L’éléphant, n’est pas le seul animal sauvage en voie d’extinction. De multiples autres espèces d’animaux et d’insectes ont vu leur taille considérablement réduite. A tout hasard, on peut citer l’hippopotame nain, le buffle, le crocodile, le singe, le héron, le lamantin, le marabout, la cigogne, les chevrotins (biches, cochons) et bien d’autres encore.

Certaines espèces ont quasiment disparu et n’animent désormais que les contes racontés autour des feux de bois dans les villages. Panthères, autruches, hyènes, girafes et rhinocéros, pour ne citer que ceux-là, sont de tristes exemples qui viennent à propos. Concernant le rhinocéros, un dernier survivant a récemment (heureusement) été capturé et placé dans une réserve protégée.

Les aires protégées, des réservoirs de la biodiversité

Pour juguler le problème de la disparition de la biodiversité de la Côte d’Ivoire, des mesures ont été prises depuis longtemps. Au nombre de celles-ci, on remarque la mise en place d’une réglementation forestière. Elle s’appuie sur deux importantes lois, desquelles découlent plusieurs décrets, règlements, arrêtés et décisions administratives. Il s’agit de la loi n° 65-255 du 4 août 1965 relative à la protection de la faune et à l’exercice de la chasse et de la loi n° 65-425 du 20 décembre 1965 portant code forestier.

De ces deux principaux textes ont découlé des actions concrètes. On enregistre la création de huit (08) parcs nationaux reconnus de catégorie 2 par la Commission mondiale des aires protégées. Et, près de 300 réserves naturelles ainsi que bon nombre de forêts classées ont été créés.

Notons aussi que, 03 des zones protégées sont inscrites au patrimoine mondial de l’UNESCO. Il s’agit du Parc national de Taï, du Parc national de la Comoé et de la Réserve naturelle intégrale du Mont Nimba. A côté de celles-là, les Parc national de Taï et Parc national de la Comoé servent de réserves de biosphère.

Tous ces espaces protégés sont autant affectés à la préservation de la flore que de la faune ivoirienne. Elles participent à amoindrir les effets du changement climatique qui font l’actualité mondiale. Aussi, ces aires protégées sont destinées à servir de poumon vert et de réservoir hydraulique au pays. La forêt du Banco situé au cœur de la capitale Abidjan est un exemple éloquent.

Mais l’état peut reluisant de la flore et de la faune ivoirienne démontre deux choses. D’une part, il révèle l’insuffisance, voire la légèreté du suivi des mesures gouvernementales prises. Et d’autre part, que des mesures complémentaires s’imposent.

Protéger la biodiversité pour les générations futures

A cet effet, en considération de l’intérêt des générations futures, de nouvelles initiatives sont à encourager.

Au niveau du gouvernement, il faut veiller à la défense et au reboisement effectif des aires protégées. Cela, passe inévitablement par le renforcement des capacités des agents et personnels du domaine de l’environnement. Aussi, il faut procéder à l’expulsion sans condition des occupations illégales des forêts et réserves classées. Enfin, l’administration devra davantage initier des actions d’identification, de sauvetage et de reproduction des espèces biologiques en voie d’extinction.

Les organisations de la société civile, et même les entreprises doivent aussi peser de tout leur poids pour la cause de la nature. Ainsi, elles doivent contribuer à la sensibilisation, au développement et à la promotion des innovations frugales écologiques. De même, la création de domaines forestiers et réserves animalières privées ou collectives doivent être encouragées. Il faut également initier des groupes de vigilance communautaires pour la protection des ressources environnementales.

De plus, tout ceci aura pour conséquence la création d’emplois et l’amélioration des conditions de vie des citoyens.

Pour finir, il faut que tous, politiciens comme citoyens, nous accédions à un nouvel état d’esprit. La préservation de l’environnement doit être une préoccupation plus que simplement importante pour la Côte d’Ivoire. Car, l’économie verte est le moteur du développement du pays. C’est pourquoi, protéger notre biodiversité, c’est garantir un avenir meilleur à nos générations futures.

Pour finir, je vous partage ma peine au travers de ce documentaire réalisé par UN-REDD Programme

Documents consultées :

  1. Les ressources forestières dans la problématique du développement en Côte d’lvoire, Asseypo Hauhouot, 1992, volume 2
  2. IFAW ELEPHANT BROCHURE COMPLET,
  3. Stratégie de gestion durable des éléphants, programme 2005 – 2014
  4. Les forêts de Côte-d’Ivoire : une richesse naturelle en voie de disparition, Jean-Claude Arnaudet Gérard Sournia, 1979, volume 32
  5. Cinquième rapport national sur la diversité biologique, mars 2014
  6. Stratégie nationale de conservation et d’utilisation durable de la diversité biologique de la côte d’ivoire
  7. La biodiversité en Côte d’Ivoire : Etat des lieux et facteurs de menace

 

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