Le défi en eau potable à Bouaké, un casse-tête chinois ?

Robinet eau

A en croire les nombreux titres peu élogieux de l’actualité sur Bouaké, on pourrait se laisser convaincre que la ville est damnée. Rébellion armée, mutineries, grèves sauvages, incivisme et aujourd’hui pénurie d’eau paraissent confirmer cette folle idée. Mais à la réalité, il n’en est rien.

La ville mythique du centre de la Côte d’Ivoire est seulement victime des erreurs et de la négligence humaine. La pénurie d’eau potable actuelle n’est en rien un phénomène des dieux. Le fait que les populations soient obligées de se tourner vers les marigots aux abords de la ville, avec tous les risques de crise sanitaire, a des raisons humaines bien simples.

Les causes de la pénurie en eau

L’origine du problème rapidement brandie par les autorités est sans surprise l’assèchement du lac du barrage hydraulique de la Loka. En effet, le lac qui fournissait 70% de l’eau de Bouaké a aujourd’hui carrément disparu. La faute, dit-on dans les hautes sphères de l’Etat, au changement climatique qu’on personnifie. Cependant, ce qu’on prend le soin d’éviter de confesser, c’est la faillite de l’Etat à mener une politique efficace de gestion de ses ressources naturelles.

On le sait, les forêts aident à reconstituer les nappes phréatiques et les cours d’eau si cruciaux pour l’eau potable. Mais en Côte d’Ivoire, la négligence des gouvernements successifs a entraîné la disparition de plus de 80% des forêts. Les conséquences sur l’environnement ne pouvaient qu’être trop prévisibles. Le cas de l’assèchement du lac de la Loka ne devrait donc pas surprendre. Ce n’est qu’un retour de bâton des actions de l’homme.

A côté de cela, notons comme autre source du problème le détournement des eaux du lac pour le bénéfice d’activités anarchiques. En effet, aux abords du lac, s’est développée au vu et au su des autorités l’exploitation de carrières de sable et de gravier.

Aussi, il est à relever que le barrage de Loka construit en 1964 pour une population d’alors de près de 65 000 habitants a été surexploité. En plus de 50 ans, la population de Bouaké a explosé et est aujourd’hui estimée à plus de 542.000 habitants. Il s’est ainsi progressivement avéré difficile d’assurer la consommation annuelle de 10 millions de m3 d’eau de la ville.

Les réflexions pour sortir de la crise de l’eau

Face à la difficile situation que vivent les résidents de la zone de Bouaké, des actions sont entreprises mais d’autres restent à mener. Ainsi, pour pallier le problème, le gouvernement ivoirien a réquisitionné plusieurs citernes d’eau pour desservir les populations en situation d’urgence humanitaire. Une telle mesure est à saluer. Cependant, elle est provisoire et ne pourra soulager qu’une petite minorité d’individus.

C’est pourquoi, dans les perspectives à moyen et long terme, bien d’autres mesures sont en cours de réalisation. L’une des plus en vue du moment est la construction de plusieurs forages hydrauliques modernes dans la ville. C’est en effet une solution qui s’inscrit davantage dans la durée. Mais il faut le dire, elle n’est pas sans risque.

Selon l’avis de certains spécialistes de l’eau, notamment Mathieu Guérin, expert international sur la question de l’eau et président de l’ONG Urgence eau, la création de nombreux forages est à éviter car un nombre accru de ces forages serait destructeur de la nappe phréatique déjà difficile à renouveler.

En attendant, la solution la mieux partagée reste le ralliement hydraulique de Bouaké au fleuve Bandama. En effet, couvrant une superficie de près de 97 500 km2 et s’étendant du nord au sud du pays, le Bandama offre une solution durable au problème.

Toutefois, des recommandations sont à faire. L’Etat ivoirien devrait mettre au centre de sa politique la préservation de ses ressources biologiques. Car, quand la biodiversité est mise en péril, l’existence humaine se trouve par ricochet menacée. Aussi, les populations, ivoiriennes en particulier, devraient davantage s’engager en faveur des questions écologiques. Par exemple, dans la gestion domestique de l’eau, nous devons tous faire preuve de plus de responsabilités. Suivant des gestes simples, notre planète se portera mieux, et l’humanité aussi.

L’accès à l’eau potable, un droit humain                  

Au terme de notre exposé, nous ne saurions terminer sans évoquer cette avancée majeure dans les droits humains. Depuis juillet 2010, l’Assemblée générale de l’ONU a officiellement reconnu comme un droit humain l’accès à une eau de qualité et à des installations sanitaires. Ceci parce que l’accès à une eau saine fait partie intégrante du droit à un niveau de vie suffisant. Et, il est étroitement lié à la dignité humaine.

La minute éco-citoyenne – Eau de Est Ensemble

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