Côte d’Ivoire : des étudiants en danger de mort par intoxication à l’hydrocarbure

Article : Côte d’Ivoire : des étudiants en danger de mort par intoxication à l’hydrocarbure
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21 février 2023

Côte d’Ivoire : des étudiants en danger de mort par intoxication à l’hydrocarbure

Le 14 février 2023, l’étudiant Fabrice Zoussi, résident à la cité universitaire 2 de Port-Bouët, décède d’une maladie infectieuse fulgurante. Une association de protection de l’environnement dénonce une intoxication à l’hydrocarbure. Pour elle, la cause du décès serait la promiscuité d’une entreprise de traitement d’hydrocarbures avec les dortoirs universitaires. Des centaines d’étudiants encourent de même une intoxication voire la mort. Des mesures urgentes sont réclamées.

Fabrice Zoussi, un autre étudiant décédé dans des conditions troubles

Étudiant modèle, Fabrice Zoussi était connu de tous pour son éloquence. À chacune de ses prises de parole, il forçait son auditoire à un balancement des têtes en signe d’acquiescement. Ses postures de réflexion et ses interventions d’une grande pertinence lui donnaient un air d’intello conscient de ses capacités. À tous, il ne cachait pas ses ambitions. Il se voyait docteur recruté puis enseignant chercheur en droit. Pour vivre son rêve, Fabrice savait prendre le temps de la discipline studieuse. Aussi, au-delà de sa personne, Fabrice avait un sens élevé de l’altruisme. Volontairement, il n’hésitait pas à apporter de ses lumières à ses ami.e.s dans la préparation de leur soutenance de mémoire.

Fabrice Zoussi en plein exposé.
Crédit image : Réseau Ivoirien des Leaders (RIL)

Au niveau social et politique, petit à petit, Fabrice posait les jalons pour être un jour élu de la nation. Il entendait travailler au bien-être des populations. Il envisageait défendre une proposition de loi pour une protection renforcée de la forêt du Banco et des aires classées. Deux ans avant son terrible destin, il semblait suffisamment mesurer tous les enjeux de vivre dans un environnement sain.

Un droit qui semble lui avoir été dénié après plusieurs années de vie à la cité universitaire 2 de Port-Bouët. Fabrice décédera dans des conditions troubles de maladie. Ses médecins traitants lui diagnostiqueront des symptômes infectieux mystérieux. En un court laps de temps, ses poumons auraient été sévèrement endommagés

Des hydrocarbures à proximité d’une cité universitaire, un danger de mort en cascade

Pour l’Association Citoyenne pour la Protection de l’Environnement en Côte d’Ivoire (ACPE-CI), il n’y a aucun doute. La faute est remise à la contiguïté des activités de manutention d’une station-service d’hydrocarbure avec la cité universitaire 2 de Port-Bouët. En effet, selon les observations de l’association, les hydrocarbures traités dans la zone universitaire seraient d’une grande toxicité. Ils présenteraient une « forte teneur en soufre et autres Composés Organiques Volatils (COV) ». Ce qui, pour elle, constitue un danger certain de morts fulgurantes programmées de plusieurs centaines d’étudiants résidents dans ladite cité.

Correspondance de l'ACPE CI adressée à l'administration universitaire. Elle dénonce le risque d'intoxication à l'hydrocarbure.
Crédit image : Page Facebook ACPE CI

Selon une foison de publications scientifiques telles que celle de Dr. Gerald O’Malley et de Dr. Rika O’Malley, « Les hydrocarbures sont des produits pétroliers, tels que l’essence et le kérosène [..] qui sont dangereux lorsque les émanations sont inhalées ou que le liquide pénètre dans les poumons. ». Pour les scientifiques, « Le fait d’avaler ou d’inhaler des hydrocarbures peut irriter les poumons et causer une toux, une suffocation, un essoufflement et des problèmes neurologiques. Inhaler ou respirer les vapeurs de ces produits peuvent entraîner des battements de cœur irréguliers, une accélération du rythme cardiaque ou une mort subite, en particulier après un effort physique ou en cas de stress. ».

Autant de travaux qui confortent l’ACPE-CI dans sa position de dénonciation d’un risque élevé d’intoxication de centaines d’étudiants. Les images de réjections de toux et les témoignages recueillis concernant les symptômes présentés par Fabrice semblent quasi similaires aux observations des scientifiques. Selon l’association, plusieurs étudiants de ladite cité sembleraient souffrir de plusieurs symptômes décrits par les chercheurs.

Une terrible image des rejections de toux de Fabrice.
Une image de rejection de toux de Fabrice. Crédit image : Page Facebook ACPE CI

Des mesures urgentes s’imposent pour stopper l’intoxication

Dans ce contexte de suspicion, de lien de causalité entre la présence supposée d’hydrocarbures à proximité de la cité universitaire 2 de port Bouet et le mystérieux mal qui semble frapper les étudiants, il apparaît important de prendre des mesures conservatoires urgentes.

En effet, les autorités compétentes ayant été saisies par le truchement de l’association ACPE-CI, il apparaît logique qu’en premier, soit rapidement diligentée une enquête en vue de jauger les allégations rapportées par les étudiants. Ensuite, s’il s’avère que le lien de causalité entre la présence des hydrocarbures à proximité de la cité universitaire occasionne des nuisances olfactives et de santé, il serait tout à fait logique d’obtenir dans les plus brefs délais la fermeture et la relocalisation des activités de l’entreprise indexée. Enfin, une prise en charge sanitaire toute aussi urgentes des étudiants se réclamant victimes devra nécessairement être garantie. Cela, sans exclure des procédures de poursuite judiciaire à l’encontre des acteurs impliqués dans l’intoxication des étudiants. Intoxication qui pourrait avoir été source du décès prématuré d’une pépite ivoirienne défenseuse du droit à un environnement sain. J’ai nommé mon regretté et cher filleul Fabrice Zoussi.

Alors que l’an 2023 a été officiellement déclaré « année de la jeunesse », aucun étudiant de ladite cité n’a de doute concernant une réponse adéquate du gouvernement. Tous sont convaincus que le gouvernement mettra tout en œuvre pour résoudre durablement la situation de psychose d’intoxication à l’hydrocarbure.

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